top of page

Aider son enfant à se faire des amis et à entretenir ses amitiés

  • Photo du rédacteur: Mélody Aknine
    Mélody Aknine
  • 27 oct. 2025
  • 5 min de lecture

amis

L’amitié joue un rôle essentiel dans le développement émotionnel et social des enfants. C’est à travers les relations avec leurs pairs que les enfants apprennent à partager, à coopérer, à gérer les désaccords et à construire leur estime d’eux-mêmes. Pourtant, se faire des amis ou maintenir des liens d’amitié peut représenter un véritable défi pour certains enfants. Certains peuvent être timides, d’autres trop impulsifs ou maladroits dans leurs interactions. En tant que parents, il n’est pas rare de se sentir démunis face aux difficultés relationnelles de son enfant : faut-il intervenir ? L’encourager à se débrouiller seul ? Le protéger ? Trouver le bon équilibre demande de la compréhension, de la patience et quelques repères sur le développement social de l’enfant.


Problématique : comprendre les défis relationnels de l’enfance


Les habiletés sociales se développent progressivement au fil des années, en fonction du tempérament de l’enfant, de son environnement et de ses expériences. Selon Erik Erikson, le développement social s’inscrit dans une succession d’étapes où l’enfant construit sa confiance en lui et dans les autres. Entre 3 et 6 ans, il explore la notion d’initiative et commence à créer des liens. Puis, entre 6 et 12 ans, la coopération et le sentiment de compétence deviennent centraux : c’est l’âge où l’amitié prend tout son sens.

Un enfant qui peine à se faire des amis peut présenter différentes difficultés :

  • Une timidité marquée, souvent liée à une anxiété sociale ou à une peur du rejet.

  • Des comportements envahissants ou impulsifs, qui nuisent à la qualité des interactions.

  • Une faible compréhension des émotions ou des codes sociaux, comme c’est parfois le cas chez les enfants présentant un trouble du spectre de l’autisme (TSA).

  • Une estime de soi fragile, qui rend l’enfant plus vulnérable aux refus ou aux moqueries.

Si ces difficultés persistent, elles peuvent impacter la confiance de l’enfant, renforcer son isolement et, dans certains cas, entraîner un désengagement scolaire ou une tristesse prolongée.

Les travaux de Daniel Goleman sur l’intelligence émotionnelle montrent que la capacité à reconnaître, comprendre et réguler ses émotions — et celles des autres — est au cœur des relations saines. Ces compétences peuvent se travailler et s’apprendre, notamment avec le soutien des parents.


Conseils pratiques et solutions


1. Parler de l’amitié et valoriser son importance


Commencez par échanger avec votre enfant sur ce qu’est un ami : quelqu’un avec qui on se sent bien, avec qui on peut être soi-même, mais aussi quelqu’un avec qui on peut se disputer et se réconcilier. Aidez-le à comprendre que toutes les relations ne sont pas parfaites et que les désaccords font partie de la vie sociale. Vous pouvez illustrer ces notions à travers des histoires, des livres ou même des dessins animés. Par exemple, les aventures d’enfants dans Winnie l’Ourson ou Les Incorrigibles Saveurs permettent d’aborder les thèmes de la différence, de la loyauté et du pardon.


2. Créer des occasions de rencontre


Les enfants apprennent les codes sociaux en les expérimentant. Proposez-lui de participer à des activités collectives qui favorisent les interactions : sport, musique, atelier créatif, scoutisme, centre de loisirs…Dans ces contextes, les relations se forment plus naturellement, autour d’intérêts communs. Si votre enfant est plutôt réservé, privilégiez les petits groupes ou les rencontres en tête-à-tête avant de l’exposer à des environnements plus vastes.


3. L’aider à comprendre les émotions et les comportements sociaux


Beaucoup d’enfants ont du mal à identifier ce que ressentent les autres. Vous pouvez les aider en mettant des mots sur les émotions :

“Tu vois, ton ami a l’air triste, peut-être qu’il aurait aimé jouer avec toi.”“Quand tu cries, les autres enfants peuvent avoir peur et s’éloigner.”

Ces échanges permettent à l’enfant de développer son empathie, une compétence fondamentale dans l’amitié. Les travaux de Carl Rogers sur l’écoute empathique soulignent à quel point la capacité de comprendre le vécu de l’autre sans le juger favorise des relations authentiques et durables.


4. Soutenir sans surprotéger


Il est parfois difficile pour un parent de voir son enfant isolé ou rejeté. Pourtant, intervenir trop directement peut empêcher l’enfant d’apprendre à résoudre ses difficultés. Le rôle du parent est d’accompagner, pas de remplacer. Par exemple, vous pouvez :

  • L’aider à réfléchir à ce qu’il pourrait dire pour se rapprocher d’un camarade ;

  • Jouer des scènes de rôle à la maison pour s’entraîner à démarrer une conversation;

  • Valoriser ses efforts, même s’ils n’aboutissent pas immédiatement.

L’objectif n’est pas qu’il ait beaucoup d’amis, mais qu’il développe des liens de qualité basés sur le respect et la réciprocité.


5. Gérer les conflits entre amis


Les disputes sont inévitables dans les relations amicales. Aidez votre enfant à les considérer comme des opportunités d’apprentissage plutôt que comme des échecs. Encouragez-le à exprimer calmement ses émotions (“Je suis fâché parce que tu ne m’as pas attendu”) et à écouter le point de vue de l’autre. Selon Marshall Rosenberg, créateur de la Communication Non Violente (CNV), exprimer ses besoins sans accuser l’autre favorise la compréhension mutuelle et préserve le lien.


6. Quand s’inquiéter ?


Si votre enfant semble durablement isolé, triste, ou s’il dit qu’il “n’a pas d’amis” depuis plusieurs mois, il peut être utile de consulter un psychologue pour enfants. Ce professionnel pourra évaluer les compétences sociales de l’enfant, explorer son vécu émotionnel et proposer un accompagnement adapté (groupes de compétences sociales, thérapie individuelle, etc.).Une intervention précoce permet souvent de prévenir un isolement durable ou une baisse de l’estime de soi.


Apprendre à se faire des amis et à entretenir des relations harmonieuses n’est pas inné : c’est un apprentissage progressif qui demande du temps, de la pratique et un accompagnement bienveillant. En aidant votre enfant à comprendre les émotions, à communiquer avec respect et à s’ouvrir aux autres, vous lui offrez bien plus qu’un réseau social : vous lui donnez les clés d’un épanouissement durable. Les amitiés forgées dans l’enfance jouent un rôle protecteur sur la santé mentale, le sentiment d’appartenance et la confiance en soi — des fondations essentielles pour la vie d’adulte.


Ressources pour aller plus loin


  • Ouvrages :

    • L’intelligence émotionnelle – Daniel Goleman

    • Le développement affectif et social de l’enfant – Henri Wallon

    • Les habiletés sociales chez l’enfant – Isabelle Roskam

    • Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) – Marshall B. Rosenberg

  • Podcasts et contenus audio :

    • Grand bien vous fasse ! – “Aider son enfant à trouver sa place à l’école” (France Inter)

    • Petits patients – épisode “Amitiés, timidité et confiance en soi”

    • Les couilles sur la table – “Les garçons et l’amitié émotionnelle”

Sources

  • Erikson, E. H. (1963). Childhood and Society. Norton.

  • Goleman, D. (1995). Emotional Intelligence. Bantam Books.

  • Rogers, C. (1961). On Becoming a Person. Houghton Mifflin.

  • Rosenberg, M. (2003). Nonviolent Communication: A Language of Life. PuddleDancer Press.

Commentaires


bottom of page