Le deuil : comment en parler avec les enfants ?
- Mélody Aknine
- 1 déc. 2025
- 4 min de lecture

Un sujet douloureux mais essentiel
Parler de la mort avec un enfant est l’une des expériences les plus délicates de la parentalité. Beaucoup de parents redoutent ce moment : peur de faire mal, de traumatiser, de ne pas trouver les bons mots. Pourtant, les enfants perçoivent très tôt les émotions et les changements dans leur environnement. Le silence ou des explications floues peuvent alors amplifier leur inquiétude. Même si l’on souhaite les protéger, accompagner les enfants avec des mots simples et vrais leur permet de comprendre ce qui se passe, de se sentir moins seuls, et de traverser cette épreuve avec davantage de sécurité intérieure.
Problématique : Comment les enfants vivent-ils le deuil ?
La compréhension de la mort évolue selon l’âge. Les travaux de Jean Piaget montrent que ce n’est que vers 7–8 ans que l’enfant comprend l’irréversibilité et la permanence de la mort. Avant cela, il peut penser que la personne reviendra, ou que la mort est temporaire, comme dans certains dessins animés.
La manière dont les enfants vivent le deuil diffère fortement de celle des adultes. Ils ressentent la tristesse en vagues : ils peuvent jouer normalement, puis soudain poser une question profonde. Certains deviennent irritables, silencieux, régressifs ou plus anxieux. D’autres semblent “aller bien”, mais viennent chercher des explications encore et encore, afin de donner du sens à ce qu’ils traversent.
Ne pas parler de la mort, minimiser ou cacher ses émotions peut laisser l’enfant seul face à des pensées imaginaires souvent plus effrayantes que la réalité. Comme le rappelle Serge Tisseron, un enfant sait toujours qu’il se passe quelque chose, même si personne ne lui dit rien. Il est donc essentiel de lui fournir un cadre explicatif rassurant, adapté à son âge et à ses capacités d’intégration.
Conseils pratiques : accompagner un enfant en deuil
1. Dire la vérité avec des mots simples
Les enfants ont besoin d’explications concrètes et cohérentes. Les métaphores trop imagées (« il s’est endormi », « il est parti ») peuvent créer de la confusion ou même des peurs (peur du sommeil, peur qu’un parent “parte”).Des mots simples comme « mort » ou « décédé » permettent de comprendre la réalité sans ambiguïté.
2. Accueillir toutes les émotions, sans les juger
Les enfants peuvent ressentir de la tristesse, de la colère, de la culpabilité… ou ne rien ressentir du tout. Toutes ces réactions sont normales. L’essentiel est de montrer que chaque émotion est légitime. L’écoute empathique, décrite par Carl Rogers, aide l’enfant à se sentir sécurisé.
3. Répondre aux questions, même lorsqu’elles reviennent souvent
L’enfant peut poser plusieurs fois la même question :« Où est-il ? »,« Pourquoi il est mort ? »,« Est-ce que toi aussi tu vas mourir ? »
Cette répétition fait partie du processus de compréhension. Répondre avec patience et cohérence l’aide à intégrer progressivement la réalité.
4. Partager ses propres émotions sans inquiétude excessive
Un adulte qui pleure n’effraie pas un enfant : cela le rassure sur le fait que l’émotion est normale. En revanche, un adulte totalement dévasté, sans repère, peut être inquiétant. Dire par exemple :« Je suis triste parce que j’aimais beaucoup Papi, mais on va se soutenir ensemble »,donne à l’enfant un modèle de gestion émotionnelle.
5. Maintenir autant que possible les routines
Les routines rassurent. Que ce soit l’heure du coucher, les habitudes du matin ou les rituels familiaux, ces repères permettent à l’enfant de sentir que tout ne s’effondre pas. Les neurosciences affectives (Gueguen) montrent combien la stabilité réduit le stress.
6. Proposer des moyens d’expression adaptés
Tous les enfants ne verbalisent pas leurs émotions. D’autres formes d’expression peuvent les aider :dessin, jeu symbolique, boîte à souvenirs, écriture d’un mot, photo, fabrication d’un objet…Ces supports permettent de mettre du sens et d’honorer le souvenir.
7. Ne pas surprotéger : l’enfant peut participer aux rituels s’il le souhaite
Les funérailles ou les rituels d’adieu peuvent aider l’enfant à comprendre ce qui se passe, à condition qu’il y participe librement. On peut lui expliquer comment cela va se dérouler et lui demander s’il souhaite venir.
8. Consulter un professionnel si le deuil devient trop difficile
Des signaux comme une tristesse persistante, des troubles du sommeil, une anxiété intense, un repli social ou une culpabilité répétée doivent encourager les parents à consulter un psychologue. Un professionnel pourra aider l’enfant à comprendre ses émotions et prévenir un deuil compliqué.
Un outil pour accompagner la parole : Où est parti Papi ?
Pour aider les familles à aborder ce sujet sensible, j’ai écrit le livre Où est parti Papi ?.Ce récit suit Elio, un petit garçon qui cherche à comprendre où est passé son grand-père. À travers son questionnement, les enfants découvrent une manière douce, claire et rassurante d’aborder l’absence, le souvenir et le cheminement du deuil.
Ce livre permet :
d’ouvrir un dialogue naturel entre l’enfant et l’adulte,
de mettre des mots sur les émotions complexes,
d’apaiser les inquiétudes causées par les peurs et les fantasmes,
d’accompagner l’enfant dans la compréhension progressive de la mort.
L’histoire, simple et sensible, montre que si la personne n’est plus physiquement présente, le lien, lui, perdure dans le cœur et les souvenirs. C’est un support idéal à lire ensemble pour amorcer la discussion, mettre du sens, et laisser l’enfant poser ses questions librement.
Conclusion : parler de la mort, c’est aussi parler de l’amour
Accompagner un enfant dans le deuil, c’est avant tout être présent, sincère et doux. Il ne s’agit pas d’avoir les “bons mots”, mais d’offrir un espace sûr où l’enfant peut comprendre, ressentir et évoluer à son rythme. Un enfant entouré, écouté et rassuré peut traverser cette souffrance avec davantage de sérénité. Parler de la mort, finalement, c’est transmettre un message précieux : la personne que l’on aime continue d’exister dans nos souvenirs, nos gestes et notre cœur.
Pour aller plus loin
Lectures
Catherine Dolto – Au revoir Blaireau
Maria Konnikova – La mort expliquée aux enfants… et aux adultes aussi
Mélody Fellous – Où est parti Papi ?
Joanna Smith – Grandir avec le deuil
Podcasts
Grand bien vous fasse (France Inter) — Parler de la mort aux enfants
La Matrescence — émotions & deuil en famille
Parentalité Bienveillante — accompagner les émotions difficiles
Sources scientifiques
Piaget, J. (1975). La formation du symbole chez l’enfant.
Tisseron, S. (2003). Les secrets de famille.
Bowlby, J. (1980). Attachment and Loss — Vol. 3 : Loss.
Rogers, C. (1961). On Becoming a Person.
Gueguen, C. (2014). Pour une enfance heureuse.




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