Le rôle du jeu dans les apprentissages scolaires
- Mélody Aknine
- 15 déc. 2025
- 4 min de lecture

Apprendre en jouant, une évidence pour l’enfant !
Lorsque l’on pense à l’école et aux apprentissages, on imagine souvent un enfant assis, concentré, un crayon à la main. Pourtant, pour l’enfant, le jeu est le mode d’apprentissage le plus naturel qui soit. Bien avant d’entrer à l’école, il découvre le monde en jouant : il manipule, expérimente, imite, invente, se trompe et recommence. De nombreux parents s’interrogent alors : jouer n’est-il pas une perte de temps face aux exigences scolaires ? Au contraire, le jeu est un levier fondamental pour soutenir les apprentissages, la motivation et le développement cognitif. Comprendre son rôle permet de mieux accompagner les enfants dans leur parcours scolaire, sans pression inutile.
Pourquoi le jeu est-il si important pour apprendre ?
Le jeu n’est pas un simple divertissement. Il constitue une activité centrale dans le développement de l’enfant. Les travaux de Jean Piaget ont montré que l’enfant construit ses connaissances en agissant sur son environnement. Le jeu lui permet précisément d’expérimenter, de tester des hypothèses et de donner du sens à ce qu’il apprend.
Lev Vygotski, quant à lui, soulignait que le jeu favorise l’accès à la zone proximale de développement, c’est-à-dire l’espace dans lequel l’enfant peut apprendre avec l’aide d’un adulte ou d’un pair plus compétent. En jouant, l’enfant se situe souvent juste au-dessus de ce qu’il sait déjà faire, ce qui stimule les apprentissages.
À l’inverse, lorsque les apprentissages sont uniquement vécus comme contraignants ou déconnectés du plaisir, l’enfant peut perdre sa motivation, se décourager ou développer une anxiété de performance. Le jeu agit alors comme un médiateur : il réduit la pression, favorise l’engagement actif et soutient la confiance en soi.
Les recherches en neurosciences montrent également que les émotions positives associées au jeu facilitent la mémorisation et la compréhension. Un enfant qui prend plaisir à apprendre est un enfant dont le cerveau est plus disponible pour intégrer de nouvelles connaissances.
Comment le jeu soutient les apprentissages scolaires
1. Le jeu comme moteur de motivation
Le jeu donne envie d’apprendre. Lorsqu’un enfant joue, il est intrinsèquement motivé : il agit par curiosité et par plaisir, non pour une récompense ou pour éviter une sanction.Cette motivation intrinsèque est essentielle dans les apprentissages scolaires. Elle favorise l’attention, l’engagement et la persévérance, notamment face aux difficultés.
2. Le jeu pour développer les fonctions cognitives
De nombreux jeux sollicitent des compétences indispensables à l’école : attention, mémoire, raisonnement, planification, inhibition. Les jeux de société, par exemple, entraînent l’enfant à attendre son tour, à suivre des règles, à anticiper et à gérer la frustration. Ces fonctions exécutives, largement étudiées en neuropsychologie, sont des piliers de la réussite scolaire.
3. Le jeu symbolique pour comprendre et structurer la pensée
Jouer à la maîtresse, au médecin ou au marchand permet à l’enfant de rejouer des situations vécues et de leur donner du sens. Selon Donald Winnicott, le jeu est un espace intermédiaire entre la réalité et l’imaginaire, dans lequel l’enfant peut explorer, comprendre et intégrer ses expériences. Ce jeu symbolique soutient le langage, la compréhension sociale et la structuration de la pensée narrative, des compétences essentielles pour les apprentissages scolaires.
4. Apprendre sans peur de l’erreur
Dans le jeu, l’erreur n’est pas vécue comme un échec, mais comme une étape normale. L’enfant peut recommencer autant de fois qu’il le souhaite. Cette liberté est précieuse : elle favorise l’expérimentation et réduit l’anxiété de performance. Or, à l’école, la peur de se tromper peut freiner les apprentissages. Le jeu permet de réhabiliter l’erreur comme un outil d’apprentissage.
5. Le jeu pour soutenir les apprentissages scolaires concrets
De nombreux apprentissages scolaires peuvent être renforcés par le jeu :les mathématiques à travers les jeux de dés ou de plateau, la lecture via les jeux de lettres ou les histoires inventées, le langage par les jeux de rôle et les devinettes. Ces supports ludiques permettent de consolider les acquis sans surcharger l’enfant, tout en respectant son rythme.
6. Le jeu comme régulateur émotionnel
Le jeu aide l’enfant à gérer ses émotions. Il offre un espace pour exprimer la colère, la peur, la joie ou la frustration de manière symbolique. Un enfant qui joue régulièrement est souvent plus apaisé et plus disponible pour apprendre. Les travaux de Catherine Gueguen montrent que le jeu favorise la régulation émotionnelle et soutient le développement affectif, conditions indispensables aux apprentissages.
7. Le rôle de l’adulte : accompagner sans diriger
Le rôle de l’adulte n’est pas de contrôler le jeu, mais de proposer, d’observer et d’accompagner. Un parent ou un enseignant peut enrichir le jeu par des questions, des encouragements ou des suggestions, sans imposer. Cette posture soutenante favorise l’autonomie et la confiance de l’enfant dans ses capacités.
Jouer pour mieux apprendre !
Le jeu n’est pas l’ennemi des apprentissages scolaires, il en est l’un des fondements. En jouant, l’enfant développe ses compétences cognitives, émotionnelles et sociales, tout en nourrissant le plaisir d’apprendre. Reconnaître la place du jeu, à la maison comme à l’école, permet de réduire la pression scolaire et de soutenir des apprentissages plus durables et plus sereins. Un enfant qui joue est un enfant qui apprend, à son rythme, avec curiosité et confiance.
Pour aller plus loin
Lectures
Jean Piaget — La psychologie de l’enfant
Lev Vygotski — Pensée et langage
Donald Winnicott — Jeu et réalité
Catherine Gueguen — Pour une enfance heureuse
Podcasts
Les adultes de demain — épisodes sur le jeu et l’apprentissage
Grand bien vous fasse (France Inter) — le jeu chez l’enfant
Parentalité Bienveillante
Sources scientifiques
Piaget, J. (1970). Psychologie et pédagogie.
Vygotski, L. (1934/1997). Pensée et langage.
Winnicott, D. W. (1971). Jeu et réalité.
Gueguen, C. (2014). Pour une enfance heureuse.
Diamond, A. (2013). Executive functions. Annual Review of Psychology.



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