Aider un enfant à gérer les moqueries et le harcèlement scolaire
- Mélody Aknine
- 2 déc. 2024
- 5 min de lecture

Les moqueries et le harcèlement scolaire sont des réalités que de nombreux enfants rencontrent, souvent avec des conséquences importantes sur leur bien-être et leur développement. Ces situations peuvent fragiliser l’estime de soi d’un enfant, altérer son rapport à l’école, voire entraîner des troubles anxieux ou dépressifs. Les parents jouent un rôle crucial pour aider leur enfant à faire face à ces défis.
Quelles sont les causes et manifestations du harcèlement scolaire ?
Les moqueries et le harcèlement peuvent découler de diverses causes :
Dynamique de groupe : Selon la théorie de l’identité sociale de Tajfel, les enfants cherchent à appartenir à un groupe et peuvent cibler ceux qui se démarquent comme une façon de renforcer leur cohésion.
Différences perçues : Les moqueries visent souvent des caractéristiques perçues comme atypiques, qu’il s’agisse d’apparence, de comportement, ou d’origine culturelle.
Environnement scolaire : Un climat scolaire où les règles ne sont pas claires ou où les adultes ne surveillent pas suffisamment favorise ces comportements.
Les signes chez un enfant victime peuvent inclure :
Refus ou anxiété à l’idée d’aller à l’école.
Changement dans le comportement (isolement, irritabilité).
Régression (mouillage du lit, peurs nocturnes).
Baisse de confiance en soi ou discours auto-dévalorisant ("Je suis nul", "Personne ne m’aime").
Les conséquences à long terme si non traité
Un enfant exposé aux moqueries ou au harcèlement peut développer :
Des troubles psychologiques, tels que l’anxiété ou la dépression.
Une phobie scolaire, avec une déscolarisation progressive.
Des difficultés relationnelles à l’âge adulte, avec une crainte persistante des interactions sociales.
Conseils pratiques
1. Identifier et valider les émotions de l’enfant
La première étape pour aider un enfant confronté aux moqueries ou au harcèlement est de créer un espace sûr où il peut exprimer ce qu’il ressent. Les enfants, surtout les plus jeunes, ont parfois du mal à mettre des mots sur leurs émotions ou à expliquer ce qu’ils vivent à l’école.
Instaurer un climat de confiance : Posez des questions ouvertes, comme "Comment s’est passée ta journée à l’école ?". Si l’enfant semble réticent, observez son comportement et rebondissez doucement : "J’ai remarqué que tu étais triste en rentrant, veux tu en parler ?".
Valider ses émotions : Cela signifie reconnaître ses sentiments sans les minimiser. Par exemple : "C’est normal de te sentir blessé quand quelqu’un se moque de toi." Cela aide l’enfant à se sentir compris et soutenu.
Ne pas sur-réagir : Même si la situation vous met en colère ou vous inquiète, essayez de rester calme. Une réaction excessive pourrait rendre l’enfant encore plus anxieux à l’idée de partager ce qu’il vit.
2. Enseigner des stratégies pour répondre aux moqueries
Face aux moqueries, l’enfant peut avoir du mal à trouver une réponse adaptée sur le moment. Vous pouvez lui apprendre des techniques qui l’aident à se protéger tout en réduisant l’impact émotionnel.
Ignorer les provocations : Expliquez-lui que ne pas réagir ou quitter la situation peut parfois désarmer un harceleur. Vous pouvez faire des jeux de rôle pour qu’il s’exerce à cette attitude, par exemple en lui apprenant à détourner le regard et à s’éloigner calmement.
Utiliser l’humour ou l’indifférence : Si votre enfant se sent capable, il peut répondre avec une phrase humoristique ou neutre. Par exemple, si quelqu’un se moque de ses lunettes, il pourrait dire : "C’est vrai, et elles me font très bien voir les blagues nulles."
Reconnaître les limites : Faites-lui comprendre que signaler un comportement à un adulte n’est pas de la faiblesse, mais une manière responsable de se protéger. Encouragez-le à identifier les adultes de confiance dans son entourage scolaire.
3. Renforcer l’estime de soi
Un enfant qui a confiance en lui est mieux armé pour faire face aux moqueries. L’estime de soi se construit au quotidien, à travers des interactions positives et des expériences valorisantes.
Mettre en avant ses forces : Parlez-lui de ce qu’il fait bien. Vous pouvez dire : "Tu as un super sens de l’humour", ou "Je suis impressionné par ta façon de persévérer."
Encourager les passions : Inscrire l’enfant à une activité qu’il aime (sport, théâtre, musique) peut l’aider à développer ses talents et à rencontrer des amis partageant les mêmes centres d’intérêt.
4. Collaborer avec l’école
La lutte contre le harcèlement est une responsabilité partagée entre les parents et l’école. Si vous découvrez que votre enfant est victime de moqueries répétées ou de harcèlement, il est crucial d’impliquer les enseignants ou le personnel éducatif.
Documenter les faits : Notez les incidents signalés par votre enfant, y compris les dates, les lieux et les personnes impliquées. Cela vous aidera à donner des exemples concrets lorsque vous en parlerez avec l’école.
Prendre rendez-vous avec les enseignants : Exposez calmement la situation et demandez quelles mesures peuvent être mises en place pour protéger votre enfant. Restez ouvert à une collaboration, en évitant de blâmer directement le personnel scolaire.
Soutenir les actions éducatives : Si l’école propose des ateliers sur le respect ou des projets de prévention, encouragez votre enfant à y participer. Vous pouvez aussi suggérer des idées, comme des séances de sensibilisation pour les élèves et les parents.
5. Créer un réseau de soutien pour l’enfant
L’isolement est l’un des plus grands facteurs de vulnérabilité pour un enfant victime de moqueries ou de harcèlement. Renforcer ses relations positives peut l’aider à se sentir entouré et soutenu.
Encourager les amitiés saines : Organisez des rencontres ou des activités avec des enfants qui partagent les valeurs de respect et de bienveillance. Si votre enfant a du mal à se faire des amis, parlez-lui des clubs ou des associations où il pourrait rencontrer des pairs.
Mobiliser la famille : Les grands-parents, cousins ou tantes peuvent devenir des figures de soutien précieuses pour l’enfant. Ils apportent souvent un regard différent et apaisant.
Favoriser les mentors : Un entraîneur sportif, un enseignant ou un animateur peut jouer un rôle de modèle pour votre enfant et l’aider à retrouver confiance en lui.
6. Prévenir par l’éducation
Enfin, la prévention est un levier essentiel pour protéger votre enfant des moqueries et du harcèlement. En développant des valeurs de respect et d’empathie à la maison, vous contribuez à lui donner les outils pour naviguer dans les relations sociales.
Enseigner l’empathie : Parlez avec votre enfant des effets des moqueries sur les autres. Par exemple, posez-lui des questions comme : "Comment te sentirais-tu si quelqu’un se moquait de toi devant tout le monde ?".
Valoriser les différences : Montrez à votre enfant que la diversité est une richesse, en partageant des histoires ou des exemples inspirants de personnes qui ont transformé leurs différences en forces.
Parler du rôle des témoins : Si votre enfant est témoin de moqueries, expliquez-lui comment soutenir la victime (en la défendant ou en allant chercher un adulte) sans se mettre en danger lui-même.
7. Envisager un accompagnement professionnel
Si l’enfant semble très affecté ou que la situation persiste, un psychologue peut l’aider à surmonter ses traumatismes et à développer des mécanismes de défense plus solides.
Aider un enfant à gérer les moqueries et le harcèlement scolaire demande du temps, de l’écoute et de la patience. En mettant en place des stratégies adaptées et en collaborant avec l’école, vous pouvez grandement améliorer son bien-être et sa confiance en lui. Chaque étape franchie, aussi petite soit-elle, est une victoire. N’hésitez pas à solliciter un professionnel si besoin pour vous accompagner dans cette démarche.
Ressources et références
Ouvrages et auteurs :
Bronfenbrenner, U. (1979). The Ecology of Human Development.
Bandura, A. (1977). Social Learning Theory.
Olweus, D. (1993). Bullying at School: What We Know and What We Can Do.
Sites Internet :
Non au harcèlement : Ressources officielles pour parents et enfants en France.
Psycom : Conseils pratiques pour aider les enfants victimes de harcèlement.
Unicef France : Campagnes et outils pour lutter contre le harcèlement scolaire.
En appliquant ces recommandations, vous contribuez à protéger votre enfant et à l’aider à grandir dans un environnement plus sain et bienveillant.
Comments