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« La maîtresse ne m’aime pas » : comment réagir ?

Photo du rédacteur: Mélody Aknine
Mélody Aknine
22 sept.
7 min de lecture

Une petite phrase qui peut beaucoup inquiéter


« De toute façon, la maîtresse ne m’aime pas. »


Cette phrase, prononcée au détour d’un repas ou sur le chemin du retour de l’école, peut immédiatement alerter un parent.

Pourquoi pense-t-il cela ? Est-ce que l’enseignante est plus sévère avec lui ? Est-ce qu’il se sent mis à l’écart ? Est-ce qu’il s’est passé quelque chose dont je ne suis pas au courant ? Dois-je prendre rendez-vous avec l’école ?


Notre premier réflexe peut alors être de rassurer : « Mais bien sûr que si, elle t’aime bien ! » À l’inverse, si nous sommes déjà préoccupés par ce qui se passe en classe, nous pouvons être tentés de répondre : « Je le savais, elle t’a encore fait quelque chose ? »


Pourtant, entre minimiser immédiatement ce que ressent l’enfant et considérer sa perception comme une description exacte de la situation, il existe une troisième possibilité : prendre son ressenti au sérieux et chercher à comprendre ce qu’il signifie.


Car lorsqu’un enfant dit « Ma maîtresse ne m’aime pas », il ne parle pas nécessairement d’amour au sens où nous l’entendons en tant qu’adultes. Il peut essayer de dire : « Je me sens moins apprécié », « J’ai l’impression qu’elle me gronde beaucoup », « Je trouve qu’elle est injuste avec moi » ou simplement « Quelque chose s’est passé aujourd’hui et cela m’a fait de la peine. »


Comprendre ce qui se cache derrière cette phrase


Pour un enfant, la relation avec son enseignant occupe une place importante. Il passe plusieurs heures par jour à l’école et l’enseignant devient l’un des adultes de référence de son quotidien.


Les travaux sur les relations enseignant-élève montrent qu’une relation vécue comme chaleureuse et sécurisante est associée à une meilleure adaptation scolaire et sociale. À l’inverse, les relations fortement conflictuelles peuvent être associées à davantage de difficultés scolaires ou comportementales. Cela ne signifie évidemment pas que l’enseignant détermine à lui seul le bien-être ou la réussite de l’enfant, mais que la qualité de cette relation compte.


Chez les plus jeunes, la compréhension des intentions d’autrui est encore en développement. L’enfant peut donc interpréter certaines situations principalement à partir de l’émotion qu’elles provoquent chez lui.


Une enseignante qui reprend un comportement, demande de recommencer un exercice ou refuse quelque chose peut ainsi être vécue comme une enseignante qui « ne m’aime pas ».


Cela ne signifie pas que l’enfant ment ou exagère volontairement. Son ressenti est réel, même lorsque son interprétation de la situation n’est pas nécessairement complète.

Il faut également prendre en compte le fonctionnement propre de chaque enfant. Un enfant très sensible au regard de l’adulte, anxieux face à l’erreur ou ayant une faible confiance en lui peut vivre une remarque relativement ordinaire comme un rejet beaucoup plus important.


À l’inverse, il serait également problématique de considérer systématiquement que l’enfant a « mal compris ». Il arrive qu’un enfant se sente réellement humilié, régulièrement ciblé ou en difficulté dans sa relation avec un adulte.

L’objectif n’est donc pas de déterminer immédiatement qui a raison, mais de comprendre ce qui s’est passé.


Conseils pratiques et solutions : écouter, comprendre et agir si nécessaire


1. Ne pas contredire immédiatement son ressenti

Lorsque votre enfant vous dit « La maîtresse ne m’aime pas », évitez si possible de répondre immédiatement : « Mais non, n’importe quoi ! »

Même si votre intention est de le rassurer, il peut entendre que ce qu’il ressent n’a pas de valeur.

Vous pouvez commencer simplement par : « Tu as l’impression qu’elle ne t’aime pas ? Qu’est-ce qui te fait penser ça ? »

Vous ne confirmez pas son interprétation, mais vous reconnaissez qu’il s’est passé quelque chose qui mérite d’être entendu.


2. Chercher des faits concrets

Les formulations générales sont difficiles à comprendre. Essayez progressivement d’amener l’enfant vers une situation précise.

« Qu’est-ce qu’elle a dit ? »« Qu’est-ce qui s’est passé juste avant ? »« Est-ce que c’est arrivé aujourd’hui ou plusieurs fois ? »« Comment tu t’es senti à ce moment-là ? »

L’objectif n’est pas de mener un interrogatoire, mais de distinguer progressivement les faits, l’interprétation et l’émotion.


Par exemple : « La maîtresse m’a demandé de refaire mon exercice » est un fait. « Elle trouve que je suis nul » est une interprétation. « J’ai eu honte et j’étais triste » correspond au ressenti de l’enfant.

Les trois sont importants, mais ils ne racontent pas exactement la même chose.


3. Mettre des mots sur l’émotion

Parfois, derrière « Elle ne m’aime pas » se cache surtout une émotion que l’enfant ne sait pas encore identifier.

« Tu as eu l’impression qu’elle était plus sévère avec toi et ça t’a fait de la peine ? »

Ou : « Quand elle t’a repris devant les autres, tu t’es senti gêné ? »

Mettre des mots sur ce que l’enfant a vécu l’aide progressivement à passer d’une conclusion globale — « Elle ne m’aime pas » — à une compréhension plus précise : « Je me suis senti rejeté quand elle m’a repris devant la classe. »


4. L’aider à envisager plusieurs explications

Une fois que l’émotion a été accueillie, vous pouvez l’aider à réfléchir à d’autres interprétations possibles.

« Tu penses qu’elle t’a repris parce qu’elle ne t’aime pas. Est-ce qu’il pourrait y avoir une autre explication ? »

Peut-être essayait-elle de faire respecter une règle. Peut-être avait-elle besoin que la classe se calme. Peut-être demandait-elle simplement à l’enfant de corriger une erreur.

L’objectif n’est pas de défendre systématiquement l’enseignant, mais d'apprendre à l’enfant qu’une même situation peut parfois être comprise de plusieurs manières.


5. Éviter de dévaloriser l’enseignant devant l’enfant

Même lorsque vous êtes en désaccord avec une décision, essayez d’éviter les phrases comme « Ta maîtresse est vraiment injuste » ou « Elle t’a dans le nez » avant d’avoir suffisamment d’informations.

L’enfant risque alors de se retrouver pris dans un conflit de loyauté ou de considérer que toute remarque de l’enseignant confirme qu’il est rejeté.

Vous pouvez être en désaccord tout en restant mesuré : « Je comprends que tu aies trouvé cette situation injuste. Je vais essayer de mieux comprendre ce qui s’est passé. »


6. Aider l’enfant à trouver ce qu’il peut faire

Lorsque la situation le permet, demandez-lui ce qui pourrait l’aider.

Peut-il demander une explication à son enseignant ? Dire qu’une remarque lui a fait de la peine ? Lever la main lorsqu’il ne comprend pas ? Demander de l’aide lorsqu’il se sent perdu ?

Pour les enfants plus jeunes, il faudra parfois préparer ensemble une phrase très simple : « Maîtresse, je n’ai pas compris pourquoi j’ai été grondé. »

L’enfant découvre ainsi qu’il peut progressivement devenir acteur de la résolution de certaines difficultés relationnelles.


7. Échanger avec l’enseignant lorsque la situation se répète

Si votre enfant répète régulièrement que son enseignant ne l’aime pas, semble souffrir de la situation ou rapporte plusieurs événements similaires, un échange avec l’école peut être utile.

Essayez d'aborder la rencontre dans une logique de compréhension plutôt que d’accusation : « Depuis quelque temps, il nous dit qu’il a l’impression d’être souvent repris et pense que vous ne l’appréciez pas. J’aimerais comprendre comment les choses se passent en classe. »

L’enseignant possède une partie de l’histoire que vous ne voyez pas et votre enfant en possède une autre. Croiser les regards permet souvent de mieux comprendre la situation.


8. Être attentif aux changements de comportement

La phrase « Ma maîtresse ne m’aime pas » prononcée ponctuellement après une remarque désagréable n’a pas la même signification qu’un malaise qui s’installe.

Soyez particulièrement attentif si votre enfant ne veut plus aller à l’école, pleure régulièrement avant de partir, présente des douleurs physiques répétées, perd confiance en lui, se dévalorise ou semble particulièrement anxieux à l’idée de faire une erreur.

Dans ce cas, il peut être nécessaire d’échanger plus largement avec l’école et, lorsque la souffrance persiste, de demander l’aide d’un professionnel.


Croire son émotion sans forcément valider son interprétation


Lorsque votre enfant vous dit « La maîtresse ne m’aime pas », vous n’avez pas besoin de déterminer immédiatement si cette phrase est « vraie » ou « fausse ».

Vous pouvez commencer par entendre ce qu’elle raconte.


Peut-être votre enfant s’est-il senti rejeté. Peut-être a-t-il été blessé par une remarque. Peut-être a-t-il interprété une limite comme une preuve qu’il n’était pas apprécié. Peut-être existe-t-il réellement une difficulté relationnelle qui mérite d’être explorée.


Accueillir son émotion ne signifie pas confirmer son interprétation.


Vous pouvez lui dire : « Je vois que cette situation t’a fait beaucoup de peine. On va essayer de comprendre ensemble ce qui s’est passé. »

Cette posture permet de lui transmettre deux messages essentiels : ce que tu ressens mérite d’être entendu, et nous pouvons prendre le temps de comprendre avant de tirer des conclusions.


Et lorsque la situation se répète ou affecte réellement le bien-être de l’enfant, le dialogue entre la famille et l’école reste l’un des meilleurs moyens de comprendre ce qui se joue et de rechercher ensemble des solutions.


Pour aller plus loin

Livres

  • Adele Faber et Elaine Mazlish — Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent, pour favoriser une communication qui accueille les émotions tout en aidant l’enfant à réfléchir.

  • Daniel J. Siegel et Tina Payne Bryson — Le cerveau de votre enfant, pour mieux comprendre la manière dont l’enfant traite ses émotions et développe progressivement sa capacité à prendre du recul.

  • Isabelle Filliozat — Au cœur des émotions de l’enfant, autour de l’accueil et de la compréhension des émotions.

  • Catherine Gueguen — Pour une enfance heureuse, pour approfondir la place des relations sécurisantes dans le développement de l’enfant.

Podcasts

  • Les adultes de demain — autour de l’école, des apprentissages et des relations entre enfants et adultes.

  • Être et savoir — réflexions et échanges autour de l’éducation et de l’école.

  • La Matrescence — parentalité, développement émotionnel et relation parent-enfant.

Sites et ressources

  • Réseau Canopé — ressources autour du climat scolaire et de la relation éducative.

  • Naître et Grandir — ressources accessibles sur les émotions, les relations sociales et l’école.

  • Yapaka — ressources autour du développement de l’enfant et de la relation entre enfants et adultes.

  • Psycom — informations et ressources sur la santé mentale des enfants et des adolescents.

Sources scientifiques

  • Pianta, R. C., & Hamre, B. K. (2009). Conceptualization, Measurement, and Improvement of Classroom Processes: Standardized Observation Can Leverage Capacity. Educational Researcher.

  • Hamre, B. K., & Pianta, R. C. (2001). Early Teacher–Child Relationships and the Trajectory of Children’s School Outcomes through Eighth Grade. Child Development.

  • Roorda, D. L., Koomen, H. M. Y., Spilt, J. L., & Oort, F. J. (2011). The Influence of Affective Teacher–Student Relationships on Students’ School Engagement and Achievement: A Meta-Analytic Approach. Review of Educational Research.

  • Hughes, J. N. (2011). Longitudinal Effects of Teacher and Student Perceptions of Teacher–Student Relationship Qualities on Academic Adjustment. The Elementary School Journal.

  • Denham, S. A. (2007). Dealing with Feelings: How Children Negotiate the Worlds of Emotions and Social Relationships. Cognition, Brain, Behavior.

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