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Préparer la rentrée sans transmettre son stress

Photo du rédacteur: Mélody Aknine
Mélody Aknine
31 août
7 min de lecture
c'est la rentrée

Quand la rentrée inquiète aussi les parents


La rentrée scolaire est une période de transition importante pour les enfants. Nouvelle classe, nouvel enseignant, nouveaux camarades, changement de rythme… Même lorsqu'un enfant est heureux de retrouver l'école, cette période demande une certaine adaptation.


Mais la rentrée ne bouleverse pas uniquement les enfants. Elle peut aussi être une véritable source de stress pour les parents : reprise du rythme professionnel, organisation des horaires, fournitures, activités extrascolaires, peur que l'enfant ne s'intègre pas, inquiétudes concernant les apprentissages…


Beaucoup de parents que je rencontre me disent : « Je sais que je suis plus stressé que lui ! », « J'ai peur qu'il vive mal sa rentrée » ou encore « J'essaie de ne rien montrer, mais je suis très inquiète ».


Cette inquiétude est parfaitement compréhensible. Nous voulons naturellement que nos enfants se sentent bien et réussissent à l'école. Pourtant, sans nous en rendre compte, nous pouvons parfois leur transmettre une partie de nos propres appréhensions.

L'objectif n'est pas d'être un parent parfaitement détendu à l'approche de la rentrée, mais d'apprendre à distinguer nos inquiétudes d'adultes de celles de notre enfant, afin de lui offrir un cadre suffisamment rassurant pour vivre cette transition sereinement.


Comment le stress des parents peut-il influencer celui de l'enfant ?


Les enfants sont particulièrement sensibles à l'état émotionnel des adultes qui les entourent. Bien avant de comprendre précisément ce que nous leur disons, ils observent notre ton de voix, nos expressions faciales, nos gestes et nos réactions.


Les travaux d'Albert Bandura sur l'apprentissage social ont notamment montré que les enfants apprennent beaucoup en observant les comportements des adultes qui les entourent. Si un parent semble particulièrement inquiet lorsqu'il parle de l'école, l'enfant peut progressivement comprendre que cette situation représente quelque chose dont il doit lui aussi se méfier.


Cette transmission ne passe d'ailleurs pas nécessairement par des phrases explicites comme « J'ai peur que ta rentrée se passe mal ». Elle peut être beaucoup plus subtile.

Demander plusieurs fois « Tu n'as pas peur pour demain ? », vérifier constamment si l'enfant connaît le prénom de son enseignant, anticiper toutes les difficultés possibles ou multiplier les recommandations avant de franchir la porte de l'école peut involontairement envoyer le message suivant : « Il y a probablement quelque chose dont tu dois t'inquiéter. »


Les recherches sur l'attachement de John Bowlby montrent également combien l'adulte constitue une base de sécurité pour l'enfant. Face à une situation nouvelle, celui-ci regarde notamment les réactions de ses figures d'attachement pour déterminer si l'environnement semble sécurisant.


Cela ne signifie évidemment pas que les parents sont responsables de l'anxiété de leur enfant. Certains enfants sont naturellement plus sensibles aux transitions, à la nouveauté ou à la séparation. Mais la manière dont les adultes accompagnent ces moments peut contribuer à les rendre plus rassurants.


Il est également important de ne pas tomber dans l'excès inverse : rassurer ne signifie pas nier les émotions. Dire à un enfant inquiet « Mais non, il n'y a aucune raison d'avoir peur ! » risque de lui donner le sentiment que son émotion n'est pas légitime.

L'enjeu est plutôt de pouvoir lui transmettre : « Je comprends que ce soit impressionnant, et j'ai confiance dans ta capacité à traverser cette nouvelle étape. »


Conseils pratiques et solutions : préparer la rentrée plus sereinement


1. Identifier son propre stress avant de parler de celui de l'enfant

Avant la rentrée, il peut être intéressant de se demander : « Qu'est-ce qui m'inquiète réellement ? »

Est-ce la séparation ? La peur que mon enfant ne trouve pas sa place ? Ses résultats scolaires ? Une expérience difficile vécue l'année précédente ?

Mettre des mots sur ses propres inquiétudes permet déjà de prendre un peu de distance et surtout d'éviter de les attribuer automatiquement à son enfant.

Votre enfant peut très bien être enthousiaste à l'idée de rentrer alors que vous êtes inquiet. Et il a le droit de vivre cette rentrée différemment de vous.


2. Éviter d'anticiper toutes les difficultés

Vouloir préparer son enfant est une bonne chose. Mais trop anticiper peut parfois créer des inquiétudes qui n'existaient pas encore.

Il n'est pas nécessaire de demander plusieurs fois : « Et si tu ne connais personne ? », « Et si ta maîtresse est sévère ? » ou « Tu es sûr que tu n'as pas peur ? »

Privilégiez plutôt des questions ouvertes : « Comment tu te sens quand tu penses à la rentrée ? » ou « Qu'est-ce que tu as hâte de retrouver ? »

Laissez ensuite l'enfant vous montrer ce dont il a réellement besoin.


3. Préparer concrètement ce qui peut l'être

L'incertitude est souvent une source de stress. Préparer quelques éléments concrets permet donc de sécuriser l'enfant sans dramatiser l'événement.

Quelques jours avant la rentrée, vous pouvez progressivement reprendre les horaires habituels, préparer ensemble le cartable, choisir les vêtements du premier jour ou reparler du déroulement de la matinée.

Pour les plus jeunes, passer devant l'école ou rappeler qui viendra les chercher peut également être rassurant.

L'idée est de rendre la situation prévisible, pas de répéter chaque jour que « bientôt, c'est la rentrée ».


4. Accueillir les émotions sans chercher immédiatement à les faire disparaître

Votre enfant peut avoir hâte de retrouver ses amis et être inquiet. Il peut être heureux de rentrer en classe et avoir peur de quitter ses parents le matin.

Ces émotions ne sont pas contradictoires.

Vous pouvez simplement lui dire : « Je comprends que tu sois un peu inquiet. C'est une nouvelle année et tu ne sais pas encore exactement comment ça va se passer. »

Nommer et reconnaître l'émotion aide progressivement l'enfant à la réguler. Il n'est pas nécessaire de trouver immédiatement une solution à chaque inquiétude.


5. Transmettre de la confiance plutôt que multiplier les assurances

Face à un enfant inquiet, nous pouvons être tentés de promettre : « Tout va très bien se passer ! »

Mais nous ne pouvons pas réellement le savoir.

Il peut être plus sécurisant de lui transmettre notre confiance dans ses ressources : « Je ne sais pas exactement comment sera cette journée, mais je sais que tu vas pouvoir découvrir ta classe petit à petit. Et s'il y a quelque chose de difficile, nous en parlerons ensemble. »

Le message devient alors beaucoup plus puissant : tu n'as pas besoin que tout soit parfait pour être capable d'y faire face.


6. Garder un départ simple le jour J

Lorsque vient le moment de se séparer, particulièrement chez les plus jeunes, les adieux très longs peuvent parfois augmenter l'anxiété.

Un petit rituel peut aider : un bisou particulier, une phrase toujours identique, un petit cœur dessiné sur la main ou simplement « Je te souhaite une belle journée, je reviens te chercher après l'école. »

Puis vient le moment de partir.

Si votre enfant pleure, cela ne signifie pas nécessairement que sa journée se passera mal. Certains enfants ont simplement besoin d'exprimer fortement l'émotion de la séparation avant de pouvoir investir leur journée.


7. Ne pas transformer la sortie de l'école en interrogatoire

À la sortie, nous avons souvent envie de tout savoir : « Alors ? Ta maîtresse ? Tes copains ? Tu as mangé quoi ? Tu as joué avec qui ? Tu as travaillé ? »

Après une journée entière d'adaptation et de sollicitations, certains enfants n'ont tout simplement plus l'énergie de raconter.

Un simple « Je suis contente de te retrouver » peut suffire.

Les informations viendront parfois plus tard, pendant le bain, le dîner, une activité et souvent au moment du coucher.


8. Consulter lorsque l'anxiété prend trop de place

Une certaine appréhension avant la rentrée est normale. En revanche, lorsque l'anxiété devient très intense, persiste plusieurs semaines ou entraîne des manifestations importantes — refus scolaire, douleurs physiques répétées, troubles du sommeil, crises majeures au moment de la séparation — il est important de ne pas laisser la situation s'installer.

Un accompagnement psychologique peut alors permettre de comprendre ce qui inquiète l'enfant et de lui proposer des outils adaptés pour retrouver progressivement un sentiment de sécurité.


Conclusion : votre enfant n'a pas besoin que vous soyez parfaitement serein


Préparer la rentrée sans transmettre son stress ne signifie pas cacher toutes ses émotions ou faire semblant d'être parfaitement détendu.

Les enfants n'ont pas besoin de parents qui ne doutent jamais. Ils ont besoin d'adultes capables de reconnaître leurs propres inquiétudes tout en leur transmettant suffisamment de confiance.


Préparer ce qui peut l'être, maintenir des repères, écouter les émotions sans les amplifier et faire confiance aux capacités d'adaptation de son enfant sont autant de petites choses qui permettent de rendre cette transition plus douce.

Et surtout, gardons en tête qu'une rentrée n'est qu'un premier jour. Tout ne se joue pas le matin de septembre.


Certains enfants trouvent immédiatement leurs marques. D'autres ont besoin de quelques jours ou de plusieurs semaines. L'essentiel est de rester disponible, attentif et patient pendant cette période d'adaptation.


Pour aller plus loin

Livres

  • John Bowlby — Attachement et perte : pour mieux comprendre la construction de la sécurité affective et le rôle des figures d'attachement.

  • Daniel J. Siegel et Tina Payne Bryson — Le cerveau de votre enfant : des clés accessibles pour comprendre le fonctionnement émotionnel de l'enfant.

  • Isabelle Filliozat — Au cœur des émotions de l'enfant : pour accompagner les émotions et mieux comprendre certaines réactions.

  • Catherine Gueguen — Pour une enfance heureuse : autour du développement émotionnel de l'enfant et de l'importance des relations sécurisantes.

Podcasts

  • La Matrescence — épisodes autour de la séparation, de l'école et des émotions parentales.

  • Les adultes de demain — parentalité, développement de l'enfant et compétences émotionnelles.

  • Papatriarcat — réflexions autour de la parentalité et des relations parents-enfants.

Sites et ressources

  • Naître et Grandir — ressources autour de l'entrée à l'école, de la séparation et de l'anxiété chez l'enfant.

  • Psycom — informations et ressources autour de la santé mentale.

  • Réseau Canopé — ressources consacrées à l'école, aux apprentissages et à l'accompagnement des élèves.


Sources scientifiques

  • Bowlby, J. (1969). Attachment and Loss, Volume 1: Attachment.

  • Bandura, A. (1977). Social Learning Theory.

  • Morris, A. S., Silk, J. S., Steinberg, L., Myers, S. S., & Robinson, L. R. (2007). The Role of the Family Context in the Development of Emotion Regulation.

  • Muris, P., Steerneman, P., Merckelbach, H., & Meesters, C. (1996). The Role of Parental Fearfulness and Modeling in Children's Fear.

  • Siegel, D. J., & Bryson, T. P. (2011). The Whole-Brain Child.

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