Prévenir l’épuisement parental : prendre soin de soi
- Mélody Aknine
- 8 déc. 2025
- 5 min de lecture

Quand la fatigue devient un signal !
Être parent est un rôle magnifique, mais aussi l’un des plus exigeants qui soient. Entre les journées chargées, les nuits écourtées, les responsabilités professionnelles, la pression sociale et le manque de temps pour soi, de nombreux parents se retrouvent à bout de souffle. Il n’est pas rare d’entendre : « Je n’en peux plus », « Je me mets en colère pour rien », ou « Je n’ai plus d’énergie, même pour les choses que j’aime ».Cette fatigue intense n’est pas un signe de faiblesse : c’est un signal. Un signe que le corps, le cœur ou l’esprit ont besoin de repos et d’attention. Prévenir l’épuisement parental, c’est reconnaître que prendre soin de soi n’est pas un luxe, mais une nécessité pour continuer à accompagner son enfant avec patience et bienveillance.
Comment l’épuisement parental se met-il en place ?
L’épuisement parental, aussi appelé burnout parental, a été largement étudié par les chercheuses Moïra Mikolajczak et Isabelle Roskam. Il survient lorsque l’écart entre les exigences parentales (éducation, charge mentale, gestion des émotions, organisation quotidienne) et les ressources disponibles (temps, soutien, repos, reconnaissance) devient trop grand, trop longtemps.
Les parents concernés décrivent souvent :
une fatigue émotionnelle profonde,
un sentiment d’être vidé intérieurement,
l’impression de « fonctionner en mode automatique »,
moins de patience, plus de culpabilité,
une perte de plaisir dans la parentalité,
parfois même de la distance émotionnelle avec leur enfant.
L'épuisement ne se manifeste pas du jour au lendemain. Il s’installe de façon progressive, souvent chez des parents très investis, perfectionnistes ou isolés. Les recherches montrent que ne pas le repérer suffisamment tôt peut fragiliser la relation parent-enfant, augmenter les risques d’irritabilité, de conflits familiaux, ou conduire à un sentiment d’échec profond.
Pourtant, lorsqu’il est reconnu et accompagné, l’épuisement parental peut être surmonté. Le premier pas est d’accepter que prendre soin de soi n’est pas un acte égoïste, mais un acte de responsabilité envers soi-même et envers sa famille.
Conseils pratiques et solutions : comment prévenir l’épuisement parental ?
1. Reconnaître ses limites et écouter les signaux du corps
La première étape est de s’autoriser à dire « je suis fatigué », sans culpabiliser. Le corps envoie souvent des signaux bien avant que l’esprit ne s’en rende compte : irritabilité, tensions, pleurs spontanés, maux de tête, sommeil perturbé, sensation d’être submergé.Reconnaître ces signes permet d’agir avant que l’épuisement ne s’installe. Comme l’explique Carl Rogers, la conscience de soi est le point de départ de tout changement.
2. Abandonner l’idéal du parent parfait
La pression du « faire parfaitement » est l’un des plus grands facteurs d’épuisement. Les réseaux sociaux, les comparaisons et les conseils contradictoires véhiculent un modèle de parentalité irréaliste. S’inspirant des travaux de Donald Winnicott, rappelons qu’un enfant n’a pas besoin d’un parent parfait, mais d’un parent suffisamment bon : présent, aimant, capable de réparer lorsqu’il se trompe. Accepter l’imperfection, c’est retrouver du souffle.
3. Alléger la charge mentale et demander de l’aide
La parentalité ne devrait jamais être une aventure solitaire. Pourtant, beaucoup d’adultes s’interdisent de demander du soutien, par peur de déranger ou de « ne pas gérer ».Partager les tâches, déléguer, accepter que quelqu’un d’autre prenne le relais (même pour une heure), parler à des proches ou à d’autres parents… tout cela réduit le poids invisible qui pèse sur les épaules. L’aide ne diminue pas la valeur du parent : elle renforce sa capacité à tenir dans la durée.
4. Introduire des moments de récupération, même très courts
Prendre soin de soi ne signifie pas partir trois jours en spa. Le plus souvent, ce sont les micro-moments de récupération qui font la différence : dix minutes pour respirer, boire un thé au calme, marcher un peu, écouter de la musique, lire quelques pages, s’étirer, ne rien faire. Ces pauses permettent au système nerveux de revenir à un état d’apaisement. Les travaux de Catherine Gueguen montrent que des parents plus détendus transmettent naturellement davantage de sécurité affective à leur enfant.
5. Protéger son sommeil et ses besoins physiologiques
Le manque de sommeil chronique est un facteur majeur d’épuisement. Lorsque le repos est perturbé — nuits hachées, difficulté à s’endormir, réveils fréquents — tout devient plus difficile : réguler ses émotions, faire preuve de patience, prendre du recul. Mettre en place une routine de coucher, réduire les écrans en soirée, dormir lorsque c’est possible, partager les réveils nocturnes dans le couple… ces ajustements, simples mais protecteurs, restaurent progressivement l’équilibre.
6. Se reconnecter à ce qui apporte du plaisir
L’épuisement survient souvent lorsque le parent s’oublie totalement. Revenir à ce qui fait du bien — une passion, un loisir, un sport, un moment avec un ami — nourrit l’identité en dehors de la parentalité. Cette reconnexion, même ponctuelle, redonne de l’énergie émotionnelle et renforce la résilience.
7. Consulter un professionnel lorsque la fatigue devient trop lourde
Il est essentiel d’envisager une consultation lorsqu’on ressent :une fatigue extrême, une perte de plaisir durable, de la culpabilité intense, une distance émotionnelle avec son enfant, ou l’impression de ne plus y arriver malgré les efforts. Un psychologue peut aider à comprendre l’origine de l’épuisement, à restaurer l’estime de soi et à mettre en place des stratégies concrètes pour retrouver de l’équilibre. Demander de l’aide n’est pas une faiblesse : c’est un acte de courage.
Prendre soin de soi pour mieux prendre soin des autres
Prévenir l’épuisement parental, c’est accepter que l’on ne peut pas tout porter, tout le temps. Être parent demande de l’énergie, de la patience, de l’adaptation — et personne ne peut donner indéfiniment sans prendre le temps de se recharger. Prendre soin de soi, c’est offrir à son enfant un parent plus apaisé, plus présent, plus disponible émotionnellement. Chaque geste de douceur envers soi-même est une pierre posée sur le chemin de l’équilibre familial. Et souvenons-nous : un parent qui se préserve est un parent qui aime.
Pour aller plus loin
Lectures
Moïra Mikolajczak & Isabelle Roskam — Le Burnout Parental
Catherine Gueguen — Pour une enfance heureuse
Isabelle Filliozat — Il n’y a pas de parent parfait
Marshall Rosenberg — Les mots sont des fenêtres (pour améliorer la communication familiale)
Podcasts
La Matrescence — épisodes sur la charge mentale et l’épuisement
Change ma vie — séries sur l’auto-compassion et le lâcher-prise
Parentalité Bienveillante — témoignages de parents et outils concrets
Sources scientifiques
Mikolajczak, M., & Roskam, I. (2018). Parental Burnout: What Is It and Why Does It Matter?
Winnicott, D. W. (1965). The Family and Individual Development.
Rogers, C. (1961). On Becoming a Person.
Gueguen, C. (2014). Pour une enfance heureuse.
Filliozat, I. (2013). Il n’y a pas de parent parfait.



Commentaires