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Les colères : comprendre leur fonction et y répondre avec bienveillance

  • Photo du rédacteur: Mélody Aknine
    Mélody Aknine
  • 12 janv.
  • 4 min de lecture
colère

Quand la colère déborde


Pleurs intenses, cris, opposition, parfois même gestes brusques… Les colères font partie du quotidien de nombreuses familles, en particulier avec les jeunes enfants, mais elles peuvent aussi se manifester chez l’enfant plus grand ou l’adolescent. Face à ces explosions émotionnelles, beaucoup de parents se sentent démunis, épuisés ou coupables. Ils oscillent entre l’envie de calmer rapidement la situation et la peur de « mal faire ». Pourtant, la colère n’est ni un caprice ni un échec éducatif : c’est une émotion à part entière, porteuse de sens.


A quoi servent les colères chez l’enfant ?


La colère est une émotion fondamentale. Elle signale une frustration, une injustice, un besoin non satisfait ou une limite rencontrée. Chez l’enfant, le cerveau émotionnel est encore en plein développement, tandis que les zones du cerveau responsables de la régulation et du contrôle des impulsions sont immatures.

Les travaux en neurosciences affectives, notamment ceux de Catherine Gueguen, montrent que lors d’une colère intense, l’amygdale cérébrale prend le dessus. L’enfant n’est alors plus en capacité de raisonner, de se calmer seul ou d’obéir à une consigne.

Selon Donald Winnicott, l’enfant a besoin d’un adulte capable de « contenir » ses émotions lorsqu’elles deviennent trop envahissantes. Lorsque la colère est systématiquement réprimée, minimisée ou punie, l’enfant peut apprendre à refouler ses émotions ou, au contraire, à les exprimer de manière de plus en plus explosive. À long terme, cela peut fragiliser l’estime de soi et la capacité à réguler ses émotions.


Conseils pratiques et solutions : répondre aux colères avec bienveillance


1. Comprendre que la colère n’est pas volontaire

Lorsqu’un enfant fait une colère, il ne cherche pas à manipuler ou à provoquer. Il exprime une émotion qu’il ne sait pas encore gérer. Changer ce regard permet aux parents de passer d’une posture de contrôle à une posture d’accompagnement, plus sécurisante pour l’enfant.


2. Accueillir l’émotion avant de poser un cadre

Dire à un enfant « calme-toi » ou « arrête » lorsqu’il est submergé est souvent inefficace. L’enfant a d’abord besoin que son émotion soit reconnue :« Je vois que tu es très en colère »,« C’est difficile pour toi en ce moment ».Selon Isabelle Filliozat, l’émotion reconnue diminue naturellement en intensité.


3. Rester présent et sécurisant pendant la crise

Lors d’une colère, l’enfant a besoin d’un adulte calme, disponible et contenant. Élever la voix ou s’énerver à son tour augmente l’intensité émotionnelle. Être présent, poser une voix calme et limiter les paroles permet à l’enfant de sentir qu’il n’est pas seul face à ce qu’il traverse.


4. Poser des limites claires et cohérentes

Accueillir la colère ne signifie pas tout autoriser. Les comportements violents ou dangereux doivent être stoppés avec fermeté et bienveillance :« Tu as le droit d’être en colère, mais tu n’as pas le droit de taper ».Ce cadre sécurisant aide l’enfant à différencier l’émotion (toujours légitime) du comportement (qui peut être limité).


5. Aider l’enfant à mettre des mots sur ce qu’il a vécu

Une fois la crise passée, il est important de revenir sur ce qui s’est joué. L’enfant est alors plus disponible pour réfléchir. L’aider à identifier ce qui a déclenché la colère et ce qu’il a ressenti favorise le développement de la conscience émotionnelle et de l’autorégulation.


6. Proposer des outils pour exprimer la colère autrement

Respirer, taper dans un coussin, dessiner, sauter, verbaliser… L’enfant a besoin d’alternatives pour exprimer son énergie émotionnelle. Ces outils lui permettent d’apprendre progressivement à canaliser sa colère de manière socialement acceptable.


7. Être un modèle de gestion émotionnelle

Les enfants apprennent beaucoup par imitation. Voir un adulte exprimer sa colère sans violence, poser des mots sur ses émotions et chercher des solutions est un puissant apprentissage. Comme le souligne Bandura, l’apprentissage social repose en grande partie sur l’observation.


8. Consulter si les colères deviennent envahissantes

Lorsque les colères sont très fréquentes, intenses, prolongées ou accompagnées de comportements dangereux, un accompagnement psychologique peut être bénéfique. Un professionnel pourra aider l’enfant à mieux comprendre ses émotions et soutenir les parents dans la mise en place de réponses adaptées.


Accompagner les colères pour aider l’enfant à grandir

Les colères font partie du développement émotionnel de l’enfant. Elles ne sont ni un échec éducatif ni un signe de mauvaise volonté.En comprenant leur fonction, en accueillant l’émotion et en posant un cadre sécurisant, les parents offrent à leur enfant des bases solides pour apprendre à réguler ses émotions. Avec du temps, de la patience et de la cohérence, l’enfant développe peu à peu des stratégies plus apaisées pour faire face à la frustration.


Pour aller plus loin

Lectures

  • Catherine Gueguen — Vivre heureux avec son enfant

  • Isabelle Filliozat — Au cœur des émotions de l’enfant

  • Donald Winnicott — Jeu et réalité

  • Daniel Siegel & Tina Payne Bryson — Le cerveau de votre enfant

Podcasts

  • Les adultes de demain — épisodes sur les émotions

  • La Matrescence — colère et parentalité

  • Parentalité Bienveillante

Sources scientifiques

  • Gueguen, C. (2014). Pour une enfance heureuse.

  • Filliozat, I. (2011). Au cœur des émotions de l’enfant.

  • Winnicott, D. W. (1971). Jeu et réalité.

  • Siegel, D. J., & Bryson, T. P. (2012). The Whole-Brain Child.

  • Bandura, A. (1977). Social Learning Theory.

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