Les peurs chez l’enfant : quand s’inquiéter, quand rassurer ?
- Mélody Aknine
- 19 janv.
- 4 min de lecture

Des peurs normales… parfois envahissantes
Peur du noir, des monstres, de la séparation, de l’école, des chiens ou encore des examens… Les peurs font partie intégrante du développement de l’enfant. Elles apparaissent souvent par étapes et évoluent avec l’âge. Beaucoup de parents me confient toutefois leur inquiétude face à certaines peurs qu’ils jugent excessives ou persistantes. Comment savoir si une peur est normale ? Faut-il rassurer, encourager l’enfant à affronter sa peur ou consulter un professionnel ? Comprendre la fonction des peurs permet de mieux accompagner l’enfant et de distinguer ce qui relève d’un développement ordinaire de ce qui nécessite une attention particulière.
A quoi servent les peurs chez l’enfant ?
La peur est une émotion fondamentale, liée au système de protection. Elle permet à l’enfant d’identifier un danger et de s’en préserver. Chez le jeune enfant, l’imaginaire est très riche et la frontière entre réel et imaginaire encore floue, ce qui explique certaines peurs intenses mais développementalement normales.
Les travaux de Jean Piaget montrent que les capacités de raisonnement logique se construisent progressivement. Ainsi, un enfant peut savoir intellectuellement que le monstre n’existe pas, tout en continuant à en avoir peur émotionnellement.
Selon John Bowlby, la peur est également étroitement liée au besoin de sécurité et d’attachement. Un enfant peut exprimer une peur lorsque son sentiment de sécurité est fragilisé : changement de routine, séparation, fatigue, événement stressant. Lorsque les peurs ne sont pas accompagnées, elles peuvent s’intensifier, se généraliser et parfois évoluer vers une anxiété plus diffuse, impactant le sommeil, la scolarité ou la vie sociale.
Conseils pratiques et solutions : accompagner les peurs avec justesse
1. Accueillir la peur sans la minimiser
Dire à un enfant « il n’y a pas de quoi avoir peur » peut le rassurer rationnellement, mais ne répond pas à son vécu émotionnel. Accueillir la peur, c’est reconnaître ce que l’enfant ressent :« Je vois que tu as très peur »,« Même si moi je ne vois pas de danger, ta peur est réelle pour toi ».Selon Isabelle Filliozat, une émotion reconnue diminue naturellement en intensité.
2. Différencier peur normale et peur envahissante
Une peur est généralement considérée comme normale lorsqu’elle est ponctuelle, liée à une situation précise et qu’elle n’empêche pas l’enfant de poursuivre ses activités. Elle devient plus préoccupante lorsqu’elle est intense, durable, qu’elle s’aggrave avec le temps ou qu’elle entraîne des évitements importants, comme un refus d’aller à l’école ou de dormir seul.
3. Rassurer par la présence plutôt que par les explications
Face à la peur, l’enfant a avant tout besoin de se sentir en sécurité. Les explications rationnelles ne suffisent pas toujours. La présence calme et contenante de l’adulte, une voix douce, un contact rassurant sont souvent plus efficaces que de longs discours. Cette sécurité relationnelle, décrite par Bowlby, est essentielle pour apaiser le système de stress.
4. Aider l’enfant à mettre des mots sur sa peur
Verbaliser permet de rendre la peur plus compréhensible et moins envahissante. L’adulte peut aider l’enfant à préciser :De quoi as-tu peur exactement ?Quand cette peur apparaît-elle ?Que ressens-tu dans ton corps ?Ce travail favorise le développement de la conscience émotionnelle et de la régulation.
5. Proposer des stratégies adaptées à l’âge
Selon l’âge de l’enfant, différentes stratégies peuvent être utiles : rituels rassurants au coucher, objet transitionnel, histoires pour apprivoiser la peur, respiration lente ou visualisation. Ces outils permettent à l’enfant de reprendre un sentiment de contrôle face à ce qui l’inquiète.
6. Éviter de forcer l’enfant à affronter sa peur brutalement
Confronter un enfant à sa peur sans préparation peut renforcer l’anxiété. L’exposition doit être progressive, respectueuse du rythme de l’enfant et accompagnée par un adulte sécurisant. Les approches cognitivo-comportementales soulignent l’importance de la progressivité pour réduire les peurs.
7. Observer le contexte émotionnel et familial
Les peurs peuvent s’intensifier lors de périodes de changement ou de stress : rentrée scolaire, séparation, fatigue, tensions familiales. Prendre en compte le contexte global permet souvent de mieux comprendre ce que l’enfant exprime à travers sa peur.
8. Quand consulter un professionnel ?
Il est conseillé de consulter un psychologue lorsque la peur persiste malgré les tentatives de rassurance, qu’elle s’intensifie, qu’elle envahit le quotidien ou qu’elle s’accompagne de signes d’anxiété importants (troubles du sommeil, somatisations, isolement).Un accompagnement permet d’aider l’enfant à comprendre et apprivoiser ses peurs, et de soutenir les parents dans leurs réponses.
Accompagner sans dramatiser
Les peurs font partie du développement normal de l’enfant et témoignent de sa sensibilité et de son imaginaire. La plupart du temps, elles évoluent favorablement lorsque l’enfant se sent compris et soutenu. En restant attentifs, en rassurant avec justesse et en respectant le rythme de l’enfant, les parents l’aident à développer des ressources internes pour faire face à ses inquiétudes. Lorsque les peurs deviennent envahissantes, demander de l’aide est un acte de prévention et de bienveillance.
Pour aller plus loin
Lectures
Isabelle Filliozat — Au cœur des émotions de l’enfant
Catherine Gueguen — Pour une enfance heureuse
Daniel Siegel & Tina Payne Bryson — Le cerveau de votre enfant
John Bowlby — Attachement et perte
Podcasts
Les adultes de demain — émotions et peurs de l’enfant
La Matrescence — anxiété et développement
Parentalité Bienveillante
Sources scientifiques
Bowlby, J. (1969). Attachment and Loss.
Piaget, J. (1975). La naissance de l’intelligence chez l’enfant.
Filliozat, I. (2011). Au cœur des émotions de l’enfant.
Gueguen, C. (2014). Pour une enfance heureuse.
Siegel, D. J., & Bryson, T. P. (2012). The Whole-Brain Child.



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